Pourquoi les mannequins font-elles toujours la gueule pendant les défilés ? Et à quoi pensent-elles ? Lecture de pensées de quelques unes d’entre elles…

 

 

MELINE : Qu’est-ce que j’air l’air con, fringuée comme ça ! Et ma coiffure, c’est n’importe quoi. Et ces pompes, on dirait des mini-échasses, comment veux-tu marcher avec ça, ça fait trop mal aux pieds ! Pourvu que je ne tombe pas, la honte ! Et j’ai faim ! Au lieu d’ajuster sur moi l’habit (oui, enfin, les bouts de tissus, de plaques métalliques et de papier), ils ont créé l’habit et dit que je devais y ajuster mon corps. Economies sur les matériaux, économies sur les retouches… Ça compense la masse de laque sur mes pauvres cheveux et les pots de peinture utilisés pour nous maquiller (pour ne pas dire nous déguiser). Oh, et puis j’en ai marre, c’est mon dernier défilé, voilà ! Avec l’argent que j’ai pu mettre de côté (les 20 % qui me restent après ponctions de mon agent, des divers intermédiaires et du fisc), je vais me payer une formation de cuisinière et ouvrir mon resto à la campagne !

 

 

ZEILA : Quand mon agent m’a fait venir de Somalie, j’ai pensé que j’allais pouvoir manger à ma faim, mais je me trompais ! Il a dit que j’étais très bien comme j’étais et que grâce à mon physique je serais une des mannequins les plus demandées. C’est vrai que j’enchaîne les collections, les défilés, que je suis surbookée, mais j’ai toujours aussi faim ! Le seul changement, c’est que maintenant je porte une robe qui permettrait de nourrir la moitié de mon village pendant un mois. Je sais que Méline veut ouvrir un resto, je vais l’accompagner, comme ça je mangerai enfin à ma faim !

 

 

SVETLANA : Je n’aime pas le regard que ces gens portent sur moi. Ils ne le savent peut-être pas, mais j’ai à peine douze ans. C’est sûr que c’est dur à croire avec le maquillage qu’on m’a tartiné sur la figure pour me vieillir. Et on m’a collé la robe de mariée, à mon âge ! Serrée jusqu’aux genoux, avec un décolleté jusqu’au nombril et des trous partout ; je ne suis vraiment pas à l’aise. Comme je suis la plus jeune, j’étais la seule à qui la robe allait. C’est la première fois que je défile, et aussi la dernière. Je n’aime décidément pas le regard que ces gens portent sur moi. Et je veux rentrer chez moi !

 

 

LYDIE : « On ne demande pas à un porte-manteau de sourire », a dit l’autre. J’ai une gueule de porte-manteau ? Ce serait pour que le spectateur ne soit pas attentif à autre chose qu’au vêtement. Bah tiens, la prochaine fois ils n’ont qu’à mettre sur roulettes les mannequins en plastique qui sont sans expression ou sans visage, ça ira plus vite ! En plus, ça ne tombe jamais malade, ça ne grossit pas, on peut les utiliser sans limite de temps… Vu là où il regarde, celui-là, il n’est pas attentif qu’au vêtement ! Vicelard, va ! Et dire que l’autre fois j’ai eu le malheur d’esquisser un sourire et que je me suis fait enguirlander ! Là, pas de danger : je n’ai qu’à penser à tout ça pour être en colère. Ça m’énerve ! Révolution ! On devrait avoir notre mot à dire sur ce qu’on porte. Ce ne sont pas eux qui ont l’air d’imbéciles avec des bouts de trucs qui pendent de partout et des machins qui empêchent de respirer. On devrait les obliger à porter ça avant nous ! Allez, c’est décidé, je plaque tout et je reprends mes études d’histoire. Et j’ai trouvé mon sujet de mémoire pour mon master : « la mode à travers les âges, mise en valeur ou ridiculisation ? » !

 

 

Ces quatre mannequins sont bien entendu fictives ; toute ressemblance avec des personnes, des entreprises, des professions, des situations ou autre serait purement fortuite.