Voici un rêve que j’ai fait alors que les TCGA, une des classes dont je m’occupe, étaient en stage, soit en janvier-février (je sais, j’ai mis du temps à le raconter, mais le voici, c’est le principal !).

Dans le cadre du cours d’histoire intitulé Démocraties et Dictatures, j’avais décidé d’emmener les élèves voir les choses directement sur place. Le lundi, après avoir fait l’appel et ainsi constaté qu’il n’y avait aucun absent, je ferme les portes à clé, demande à ce qu’on ferme les fenêtres, distribue à chaque élève une sorte de clochette, et retourne au bureau. Très vite, les élèves s’étonnent : « que doit-on faire au juste avec ces clochettes ? » Je leur sors alors un appareil de mon invention : une machine spatio-temporelle portative, format de poche. Je leur explique de quoi il s’agit, et la plupart sont sceptiques. Imperturbable, je leur dis qu’en cas de danger, ils doivent actionner leur clochette trois fois : ils se retrouveront ainsi automatiquement transportés ici. Puis je leur demande de faire une grande chaîne : la clochette dans la main droite, la main gauche posée sur l’épaule de leur voisin d’à côté ou de devant (vous avez remarqué mon chiasme, au passage ?), les élèves se regardent, de plus en plus intrigués, certains avec un air de penser que j’ai complètement perdu la boule pendant le week-end. Je règle la machine sur Berlin, 1936, jour du 100m olympique remporté par Jesse Owens, l’élève dont la main gauche est inoccupée pose celle-ci sur mon épaule, et j’actionne le mécanisme : nous partons. Nous avons l’impression de nous retrouver au cœur d’un vaste tourbillon de traits de toutes les couleurs, puis nous « atterrissons », à l’abri des regards.

Les élèves sont abasourdis : tout cela est donc vrai ! Nous avons réellement remonté le temps, voyagé jusqu’à Berlin, nous sommes en 1936 le jour de la finale du 100m ! Là, je leur demande de se séparer en petits groupes, de noter sur un carnet ou dans leur tête tout ce qu’ils constatent, et surtout de bien agiter la clochette en cas de danger. Nous faisons les équipes, puis nous nous dispersons. Je décide d’aller au stade. En chemin, je croise des élèves qui écrivent des slogans hostiles au régime sur les murs, qui arrangent les affiches de manière à ridiculiser les dirigeants, et qui agitent leur clochette sitôt des mouvements agressifs à leur encontre en vue. A ce rythme-là, il n’y en a bientôt plus qu’une petite poignée sur place. Je consulte une fiche qui se met à jour dès qu’une clochette est agitée : plus que Justine, Lucile, Olivier, Pierre et Romain (et moi aussi, bien sûr). Nous nous retrouvons au stade, où nous parvenons, non sans mal, à nous frayer un chemin vers les gradins pour assister à la finale. Nous encourageons Jesse Owens à grand tapage et sous les regards courroucés de nos voisins, célébrons sa victoire, puis nous glissons vers la sortie. Les élèves décident de réaliser une caricature sur un mur, pendant que je surveille. C’est une belle fresque, très réussie et très virulente, mais c’est alors que des hommes en uniforme tournent à l’angle de la rue et nous foncent dessus. « Vite, vos clochettes ! » hurlé-je aux élèves, qui s’empressent de l’agiter pour revenir en sécurité en 2011 à Soissons. Mais tandis que je veux faire de même, rien ne se produit. Je secoue une nouvelle fois ma clochette… « Bordel… » Rien ne se produit. Un grand sourire crispé se dessine sur mon visage, je règle le plus vite possible ma machine portative sur « 2011, retour à la date et à l’heure de départ », n’importe quel lieu, et je m’éclipse…

Le problème, c’est que le « n’importe quel lieu » m’a propulsée en Egypte, en plein au moment de la révolte contre Hosni Moubarak ! Et moi qui comptais sur un petit endroit tranquille pour réparer ma clochette… Car là, il y a deux « moi » en même temps dans le monde en 2011 ! Pour résoudre le tout, il faut absolument que j’actionne la clochette, sinon, les conséquences pourraient être désastreuses ! Je me réfugie dans un coin, constate qu’il s’agit tout simplement d’une vis légèrement dévissée, la resserre à fond, secoue la sonnette… Et reviens à Berlin en 1936 au moment où les autres vont m’attraper ! Vite, encore un coup de grelot, et je retrouve la salle du lycée où tous mes élèves se trouvent, sains et saufs. Il était temps, car la sonnerie marquant le début du cours suivant retentit, et je me suis réveillée en rigolant (même si, ce jour-là précisément, c’est une autre classe que j’allais retrouver, une classe que je n’emmènerais même pas en rêve en voyage spatio-temporel !).

À bientôt pour de nouvelles aventures !^^