Notes :

C’est l’été. Il fait chaud et lourd. C’est insupportable. Enfin, le vent se lève. Le tonnerre tonne. Les éclairs éclairent le ciel devenu noir. La pluie tombe. C’est l’orage.

 

Par touches de couleurs :

Bleu azur, jaune blanc éblouissant. Bleu et un peu de blanc. Bleu avec beaucoup de blanc. Blanc avec très peu de bleu. Dégradé de blanc, gris clair, gris moyen, gris foncé, noir. Traits lumineux blanc-or sur fond gris-noir.

 

Objectif :

C’est l’été. Il fait chaud, très chaud ; l’atmosphère est lourde sous le soleil de plomb, il n’y a pas un souffle de vent. Pourtant, peu à peu, des nuages gris et noirs s’accumulent. Les oiseaux volent bas, les insectes aussi. On entend les premiers grognements de tonnerre au loin. Pas à pas, le silence s’installe. Le ciel est désormais sombre. Le tonnerre gronde de plus en plus fort et de plus en plus fréquemment ; des éclairs fusent, le vent se lève, puis c’est la pluie.

 

Subjectif :

Cela faisait plus d’u mois que le Chien s’était abattu sur nous. C’était l’été le plus chaud depuis trente ans. L’atmosphère était lourde, irrespirable ; par cette torride torpeur, le moindre petit mouvement exigeait un effort surhumain. Et ce jour-là était le plus ensoleillé, le plus pénible de la saison. Une fournaise intenable. Je n’avais pas dormi de la nuit à cause de la chaleur sèche qui régnait dans la chambre malgré la fenêtre ouverte et l’obscurité. Epuisée par la fatigue et la température dépassant les 40°, cet après-midi-là, après m’être rafraîchie dans la petite piscine gonflable du jardin, je m’étais endormie dans le hamac, sous le saule, vêtue seulement d’un maillot de bain et d’un paréo, protégée par l’indispensable moustiquaire… Lorsque j’ouvris les yeux, je ne vis plus le soleil. Je le devinai derrière des nuages gris-blanc. J’ignorais combien de temps j’étais restée assoupie ; suffisamment longtemps en tout cas pour être totalement sèche et avoir les croisillons du hamac gravés dans la peau. C’était ce qui m’avait réveillée, d’ailleurs. Ça et les exaspérantes petites bêtes noires, si minuscules qu’elles avaient franchi la moustiquaire, et qui s’étaient promenées, sans gêne, sans vergogne, sur ma joue et que j’avais chassées frénétiquement de mon visage. Soudain, au loin, je perçus comme un grondement. Je me redressai, m’extirpai du hamac, chaussai mes claquettes et allai au milieu de la pelouse. Le ciel se faisait menaçant au sud-est. Des mouches vinrent virevolter autour de ma tête. J’agitai les bras, irritée car j’ai horreur des mouches. J’écoutai et observai : on aurait dit que le silence s’installait peu à peu, les oiseaux volaient bas, le ciel s’assombrissait… Nouveau grondement. Cette fois-ci, pas de doute : ce n’était ni un avion, ni un roulement de tambour à l’occasion des répétitions pour la fête du village, mais bien le tonnerre. Vite, je remis la bâche de la piscine, je rangeai dans mon panier toutes les affaires que j’avais emportées (serviette de bain, casquette, livre, magazine de jeux, carnet, crayon, bouteille d’eau et paquet de gâteaux –désormais vides), et je me rendis à l’intérieur de la maison. J’y posai en hâte les affaires, puis retournai dehors contempler l’arrivée de l’orage. Enfin ! Il arrivait, cet orage tant attendu, si espéré, désiré… Les arbres aux feuilles brunies et desséchées, maintenus immobiles par la canicule sans vent depuis plus d’un mois, frémirent. Le vent les caressait et les faisait danser. Ils semblaient revivre. Coup de tonnerre, puis, quelques instants après, un éclair. Je comptai les secondes séparant ce éclair d’un nouveau coup de tonnerre ; je m’amuse toujours à faire cela lors des orages. 2 700 mètres. Le vent soufflait de plus en plus fort. Dehors, tous les animaux avaient regagné leurs abris. J’hésitai à en faire autant, fascinée que j’étais par l’orage qui accourait. 2 100 mètres. Le vent jouait à faire des tourbillons avec les rideaux. Je me résolus à rentrer, fermai les fenêtres, pris une chaise et m’installai confortablement pour admirer le spectacle. Le ciel était maintenant tellement sombre que l’on se serait cru à l’aube ou au crépuscule. Un éclair traversa le ciel tel un dessin maladroitement tracé par un tout jeune enfant. Un vrombissement de tonnerre plus fort que les autres fit trembler toute la maison et résonna jusque dans mon cœur. 300 mètres. Dehors, c’était la tempête, une joyeuse et réconfortante pluie virevoltait et sautillait. Au-dessus de ma tête, apaisant et rafraîchissant, l’orage laissait libre-cours à son imagination…

 

Musical :

Flûtes + cordes rapides. Les timbales s’ajoutent pianissimo. Silence progressif des flûtes et des cordes. Crescendo des timbales. Frémissement des cordes. Fortissimo des timbales, traits de cordes sur le premier temps de la mesure. Petites percussions ad libitum, diminuendo. Glissando de harpe.

 

Substantivement :

été – chaleur – torpeur – lourdeur – nuages – noirceur – vent – éclair – tonnerre – pluie – orage.

 

Souvenirs d’orages :

Je suis petite, j’ai peut-être quatre ou cinq ans. Il y a un orage. Je suis assise par terre, dans ma chambre mauve et blanche, et je regarde l’orage par ma porte-fenêtre. Il y a de la grêle, et j’aime bien voir les grêlons rebondir sur la terrasse. Mais soudain, un coup de tonnerre plus fort que les autres me perce les oreilles et résonne jusque dans mon cœur. Ça fait mal, je crie…

J’ai bientôt sept ans, on revient de Saint-Aubin, au bord de la mer, et pendant le trajet je lis Fantômette. Ce soir, il y a Carmen à la télé. Mais il y a de l’orage. J’espère que le « courant » ne va pas « sauter » ! Finalement, l’orage tourne mais n’éclate pas chez nous…

J’ai huit ans, je suis à l’école, et un orage a éclaté. Pour la récréation, nous sommes donc cantonnés sous les préaux au lieu de jouer dans la grande cour. Les CM2 s’amusent à compter les secondes qui séparent les éclairs des coups de tonnerre et à calculer à quelle distance se tient l’orage…

J’ai presque neuf ans. Je suis à Plaisance, dans l’Aveyron, juste à la limite avec le Tarn. Le village est entouré de montagnes très vertes. L’orage a éclaté ; on entend les gouttes d’eau résonner sur le toit de la caravane, et on espère que l’auvent ne va pas être inondé. Les éclairs fusent, et le tonnerre se répercute dans la montagne, ce qui est assez impressionnant…

J’ai dix ans à la fin du mois. Il y a de l’orage, et comme d’habitude, quand il y a de l’orage, le courant a sauté. Mais aujourd’hui, on n’a plus de bougie, alors on allume la vieille lampe à pétrole qui est dans l’entrée sur la commode… J’ai onze ans et demi. Orage=pas de courant=bougies. On a même allumé la bougie qui est dans la grande pièce, sur l’étagère, sur le porte-bougie, à côté du crâne mérovingien. Ça lui donne une drôle de lueur…

J’ai douze ans et demi ; là on a allumé les bougies vendues par l’école à Noël…

J’ai dix-huit ans, dix mois moins quelques jours. Tout à l’heure, ce sera la répétition générale du spectacle de danse. C’est la nuit, il est peut-être deux ou trois heures du matin. Je suis chez ma grand-mère rémoise, et nous nous sommes mises à la grande fenêtre du balcon pour admirer comment l’orage transforme la nuit en jour…

J’ai presque vingt-et-un ans. Je me suis endormie dans le hamac sous un arbre (mais ça, je l’ai déjà raconté !)…

J’ai vingt-deux ans. Mon père n’a pas fini de tondre la pelouse quand l’orage éclate ; qu’à cela ne tienne, il continue, sous la pluie, sous les grêlons. Je ne suis pas vraiment rassurée, mais finalement il termine ce qu’il a commencé, range la tondeuse, et rentre se réchauffer avec une bonne douche !...

J’ai vingt-trois ans. Ma mère et moi sommes dehors : ma mère tond, et moi je m’occupe des arbres. Nous ne nous apercevons pas que le ciel s’assombrit. Mon père nous téléphone : il y a un terrible orage à Reims, qui vient dans notre direction. Nous entendons alors les premiers grondements : nous rentrons. Alors que ma mère range le matériel et ferme les fenêtres, je poste vite fait sur mon blog un court billet sur les orages (lisible ici) avant d’éteindre et de débrancher promptement l’ordinateur…

La même année, lors de la répétition générale qui a lieu dans la salle polyvalente de Cormontreuil dont le toit est en tôles, un orage éclate : éclairs, tonnerre, pluie, grêle… Et certaines gamines ont peur, certaines même commencent à pleurer. C’est que le bruit est assez impressionnant et fait mal aux oreilles !

J’ai vingt-quatre ans moins un mois et quelques jours. Je suis à Digne, pour l’Académie des Langues Anciennes. Il a fait très chaud, aujourd’hui. Avec Fanette, on a même fait la danse de la pluie… Et le vent s’est levé, il commence à pleuvoir de grosses gouttes d’orage, puis ça semble se calmer. Il fait bon, maintenant… Le soir, pourtant, l’orage reprend. Ou plutôt les orages : il y en a trois. Les éclairs ressemblent à des dragons qui s’affrontent et se poursuivent. C’est magnifique…

J’ai vingt-huit ans, dix mois et quelques heures. Je reviens de la danse, où nous avons regardé le film du spectacle. Tout à l’heure, je suis allée chercher mes tickets pour la Japan Expo et mes billets de train (préalablement réservés par Internet), sous un soleil de plomb faisant monter la température à au moins trente-sept degrés Celsius ! En attendant les copines de la danse, j’ai regardé les gros choux-fleurs blancs pousser dans le ciel, gonfler à vue d’œil, monter de plus en plus haut jusqu’à prendre une forme de marteau… Il fait frais et respirable, désormais. Je suis sur le plateau qui surplombe mon village. Sur ma droite, à l’ouest, brille encore le soleil vespéral. Sur ma gauche, à l’est, un gigantesque escalier s’est formé : une marche blanche, une marche gris-clair, une marche gris-moyen, une marche gris-foncé, un palier noir. Je rentre chez moi juste avant que n’éclate cet orage…

 

Fautes de frappe :

C’ets l’éét. Il fiat cahud et luord. C’ets isnuppotrable. Efnin, le vnet se lvèe. Le tnonrere tnone. Lse élciras élciaretn le ceil dveneu nior. La pulie tmobe. C’ets l’oarge.

 

Homophonique :

Sel et thé, île fée chaux haie l’ours, étain support table, an faim leu vend ce lait veule, tonne Ayrton lésé, claie ré Claire leu si aile deux vœux nus noix’r, lappe luit thon, beuh ! Ses lot rat jeu.

 

Conseils rimés :

C’est l’été, bois du thé. Il fait chaud et lourd, sors donc sans velours. C’est insupportable, ne mets pas la table. Enfin le vent se lève, danse en tenue d’Eve. Le tonnerre tonne, rentre la bombonne. Les éclairs éclairent le ciel devenu noir, dans ton lit couche-toi et dors bien comme un loir. La pluie tombe, point ne tombe. C’est l’orage, point n’enrage !

 

En un seul mot :

Cestlétéilfaitchaudetlourdcestinsupportableenfinleventselèveletonnerretonneleséclairséclairentlecieldevenunoirlapluietombecestlorage.

 

Point de vue de l’orage.

C’est moi, l’orage. On me craint ou on m’attend, on me redoute ou on m’espère, on me fuit ou on me chasse, on me maudit ou on m’admire… C’est que je ne connais pas ma force, j’ai beaucoup de mal à la contrôler, car elle est si grande… On a dit beaucoup de choses sur moi : colère d’un dieu, déménagement des meubles d’un autre dieu, combat entre dieux, dieu moi-même… On m’a toujours rattaché au divin ! D’autres ont dit que j’étais le résultat d’un frottement de masses d’air chaud et froid, que j’étais chargé en électricité qu’il fallait que j’évacue… Bref, on a dit tellement de choses, mais on a oublié de me demander, à moi, ce que j’étais ! C’est extrêmement rare qu’on me donne la parole, comme ici. Alors, je vais me définir, me qualifier, puisqu’aujourd’hui on me le permet : je suis naturel, insaisissable, puissant, généreux. J’aime particulièrement aider les gens en les soulageant de la chaleur, mais parfois je mets de pattes au serpent : en voulant trop en faire, je libère trop d’eau d’un coup, ou trop de grêle, ce qui me désespère… Il m’arrive aussi de tomber amoureux, mais là encore, la démonstration de mon amour pour ces humains qui m’ont inexplicablement charmé peut malheureusement leur être fatale… Ce qui me fait pleurer, donc verser plus d’eau encore… Voilà, désormais vous me connaissez un peu mieux…

 

 

NB : pour en savoir plus sur les orages d’un point de vue scientifique, vous pouvez toujours faire un tour ici : http://la.climatologie.free.fr/orage/orage.htm