Voici un rêve que j’ai fait la semaine dernière, dans la nuit de samedi à dimanche.

Suite à une faute de frappe, je me retrouvai en 20212. La Terre était toujours là, mais avait considérablement changé. J’étais chez moi, mais ce n’était plus chez moi. Point de maison, à peine un petit tas de cailloux et de bois figé par les glaces. Les arbres avaient poussé très haut, mais leur tronc n’avait pas grossi, si bien qu’ils semblaient extrêmement fragiles. C’était l’hiver, et il avait neigé. La neige était dure, si bien que je pouvais marcher sans difficulté.

Soudain, mon téléphone sonna : je décrochai, et une voix que je ne connaissais pas me dit de brancher mon kit mains libres. « Qui êtes-vous ? » me demanda-t-on. Je répondis que j’étais Euthéka, et je retournai la question à mon interlocuteur. « Nous vivons désormais sur la Lune, Mars ou en orbite autour de la Terre, dans des vaisseaux géants. Tu (je peux dire tu ?) pourras les voir à la nuit tombée. « Il n’y a donc plus de place sur Terre pour tout le monde ? » « Oh, de la place, il y en a, mais plus pour les êtres vivants et se déplaçant sur la terre ferme. » « Comment cela ? » « Le premier janvier 2113, la fameuse fin du monde annoncée pour2012 aeu lieu. » « Héhé, preuve que non, puisque la Terre est toujours là ! » répliquai-je. « Certes, mais écoute plutôt ce que je voulais dire, car je me suis mal exprimé. Le premier janvier 2113, donc, a été inauguré quelque chose qui a provoqué une modification de l’air, si bien que le dioxygène présent dans l’air a été considérablement réduit. Ceux qui en avaient le plus besoin se sont éteints, espèce après espèce. Les humains les plus prévoyants avaient eu le temps de se préparer à la catastrophe : ils ont embarqué dans ces vaisseaux dont j’ai parlé. Et depuis, on a recréé un habitat humain hors Terre. « Ouaip, c’est comme l’élevage hors sol des poulets, en gros : complètement idiot ! Je respire très bien, là ! Peut-être même mieux qu’en 2012 ! » « Il est certain que l’air est redevenu respirable, mais autre chose s’est passé. Un événement s’est produit, faisant de la Terre une surface instable. » Au même moment, j’entendis un craquement bizarre et sinistre. Je me rendis alors compte que j’étais sur la banquise, et qu’un morceau de glace (celui où je me tenais) venait de se détacher et partait à la dérive alors que la glace se mettait à fondre, laissant apparaître les vagues bleu-foncé des régions polaires. La banquise à Courville ? Effectivement, c’était bizarre… « N’oublie pas, reprit mon interlocuteur, la fin du monde a eu lieu le premier janvier 2113, mais tu peux encore l’empêcher. Trouve la formule et détruis-la. »

Un tourbillon m’emporta, et je me retrouvai en 2112, à la veille de la catastrophe. J’étais bien chez moi. Les arbres avaient grandi, d’autres personnes habitaient la maison, mais le parc qui mène vers le village d’à côté était en contrebas. Un glissement de terrain avait dû avoir lieu, provoquant ce dénivelé d’une centaine de mètres. Poussée par la curiosité, je m’y rendis. Des grilles en fer noir très ouvragées délimitaient plusieurs terrains, en escaliers. Il devait faire dans les 20° malgré l’hiver. Bientôt, des cavaliers s’approchèrent. C’était un homme et une femme, et je fus surprise de les voir habillés à la mode du XVIIè siècle. « Oh, eh bien tu es vêtue bizarrement, toi ! » me dirent-ils. « D’où viens-tu ? » Je leur répondis que je n’avais pas de temps à perdre avec des considérations vestimentaires parce qu’il fallait que je sauve le monde. Je leur dis mon nom, demandai le leur ; la femme me répondit qu’elle s’appelait Jo et que son compagnon se nommait Wa. Je trouvai étranges ces prénoms, et eux trouvèrent non moins étrange le mien. Ils me menèrent vers la route, où des voitures allaient à des vitesses vertigineuses, sur des espèces d’aéroglisseurs. Je trouvai amusant ce retour vestimentaire à la mode XVIIè mêlé à une technologie de pointe. Une affiche d’information attira mon attention : la mise au point d’un « pain d’eau ». Kékséksa ? Une conférence devait se tenir le soir même sur cette « importance avancée technique qui [allait] révolutionner le monde. » Je décidai aussitôt de m’y rendre.

« Bienvenue à tous, dit un chercheur à l’allure de savant fou, pour la présentation de ce pain d’eau : un agglomérat de roche et d’autres composants qui va révolutionner le monde ! Voyez-vous, une expérience est menée actuellement : des gens sont plongés dans une gigantesque sphère placée sous la Terre (il montra un schéma, sur lequel on pouvait voir une boule raccordée à la Terre au niveau du Pôle Sud, où il n’y avait plus aucune neige). Il n’y a pas d’eau, dans cette sphère. Nous leur avons fourni ces blocs, à titre d’expérimentation, et cela marche ! Ils n’ont absolument rien réclamé ! » Il poursuivit son discours tout en autosatisfaction. Une autre diapo afficha la formule de cet agglomérat. Je faillis m’étrangler en découvrant les composants, et je compris tout de suite que j’avais affaire à ce qui avait produit la catastrophe. Lorsque le chercheur proposa une expédition pour vérifier sur place que tout allait bien, je me proposai aussitôt.

Les premières personnes que je rencontrai furent un homme qui ressemblait à Will Smith et une petite fille aux cheveux blond-roux et bouclés. Ils me dirent que ça n’allait pas bien du tout, que l’eau manquait, et que l’air devenait irrespirable. Régulièrement, ils faisaient des incursions sur Terre pour trouver « des choses », en particulier des réponses à leurs questions : l’expérience avait débuté plusieurs décennies auparavant, il ne s’agissait en aucun cas de volontaires, et leurs descendants, que j’avais à présent devant moi, aspiraient à vivre sur Terre plutôt que dans cette boule isolée. Leur vision du monde était biaisée par le fait que les provisions qui leur étaient régulièrement fournies venaient exclusivement de France ou d’Angleterre. Du coup, ils croyaient que la Terre était pour moitié anglaise et pour moitié française. Je restai plusieurs heures avec eux, rencontrant d’autres gens et découvrant leur façon de vivre. Ou survivre, plutôt. J’attendis ce qu’ils appelaient une « incursion dans le domaine d’en haut » pour remonter. Ils avaient mis au point une technique, qui consistait à se rendre dans le cylindre qui reliait la sphère à la Terre et à tendre les deux bras au maximum, jusqu’à être aspiré vers le haut.

Les autres membres de l’expédition n’avaient vu que ce qu’on avait bien voulu leur montrer. Enthousiastes, ils faisaient des propositions d’achat de la formule. Le savant fou dit que celui qui remporterait les enchères auraient l’exclusivité de la formule. Aucun ne put rivaliser avec ma proposition. Je me présentai comme l’héritière d’une petite principauté très riche et peu connue, et on me céda la formule : je me retrouvai en possession de tous les supports sur lesquels elle avait été inscrite/ou et enregistrée. J’entrepris aussitôt de tout détruire, jusqu’à brûler le bout de papier chiffonné sur lequel avait été griffonnée le raisonnement. Il ne me restait plus qu’à détruire le prototype, qui était toujours en la possession du chercheur. Je prétendis vouloir le toucher de plus près, il se fit une joie de me le prêter. Que fallait-il faire, maintenant ? Et si je le réduisais tout simplement en miettes ? Je repérai une usine, y entrai et me ms à la recherche d’un marteau. Je ne tardai pas à en trouver un, et je me mis à frapper de toute mes forces le prototype, qui bientôt se retrouva à l’était de grains de sable. Cependant, ce n’était pas fini. J’avais repéré des vannes qui bloquaient l’eau, l’empêchant de couler dans la sphère. Je me faufilai dans la centrale hydraulique contrôlant les vannes, les ouvris…

« Nooooon ! » Un hurlement de rage se fit entendre. Je bloquai la fermeture des vannes, puis cherchai un endroit pour m’enfuir. Cependant, des gardes armés se mirent à ma poursuite. Sans hésiter, je plongeai dans l’eau, et fis transportée dans la sphère par l’onde. Je ris, car cela ressemblait à un toboggan. Les gens de la sphère accueillirent l’eau avec une immense joie. « L’eau ! H2O ! ». Je partageai leur joie, quand un nouveau tourbillon m’emporta. Je me retrouvai de nouveau en 20212. Il y avait bien des vaisseaux d’habitation tourbillonnant autour de la Terre, de la neige mais pas de banquise. Mon téléphone sonna, et mon interlocuteur de tout à l’heure me dit : « Excellent, très bien, merci ! Grâce à toi, la catastrophe de 2113 n’a jamais existé. Il est désormais temps de retourner dans ton époque. »

Je sentis le sol se dérober sous mes pieds, des limbes m’entourer, et je retombai dans mon lit ; il était 7h45, le dimanche 8 janvier 2012.