Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé de ce sujet pourtant très hautement intéressant (prenez-le de façon ironique ou sincère, comme vous voulez), c’est-à-dire… MOI !

Plus sérieusement, je pense ne pas être la seule dans ce cas, d’où ce billet un peu plus personnel que les autres coups de gueule, résultats sportifs ou partie de rigolade.

J’ai l’impression d’être hors de la vraie moi. Je ne me reconnais pas dans l’existence que je mène en ce moment. Je n’avais pas rêvé d’une vie si banale, si bancale.

Quand je m’imaginais dans le futur, quand j’avais la moitié de l’âge que j’ai aujourd’hui, je me voyais dans une maison créée par moi (sur le modèle des maisons romaines), un mari, des enfants… Mais tout cela pour cacher une trépidante vie d’aventurière un peu espionne, enquêtrice et journaliste pour dénoncer toutes les injustices du monde. J’étais aussi écrivain et j’illustrais mes histoires.

Il y a dix ans, mes rêves d’avenir étaient déjà beaucoup plus… Beaucoup moins… Bref : finie la vie d’aventurière, mais j’avais espoir de vivre quelque chose, je ne savais pas quoi, mais quelque chose qui donnerait du piment à l’existence. Un voyage en Antarctique, par exemple. J’ai toujours voulu y aller. Ou plus simplement un soir d’été avec un amoureux au bord de la mer, les pieds dans l’eau, ou en haut d’une colline avec vue sur une ville pendant un feu d’artifice. Et côté travail, je me voyais bien chercheuse (dans des domaines très variés), et toujours écrivain-illustratrice de mes propres histoires.

Mais peu à peu la vie et la société m’éteignent, m’effacent. Je ne peux pas consacrer à ce que je voudrais, obligée que je suis de travailler et/ou de rechercher un emploi. C’est étrange : la société t’emploie comme un vulgaire objet, puis te jette quand tu ne lui es pas utile. A noter aussi qu’étymologiquement le mot travail désigne une torture…

Je n’ai plus ce ressort qui me faisait avancer, ces espoirs, ces buts qui me faisaient aller de l’avant. Je stagne. Tout est précaire, incomplet, inaccompli. Et ma route est devenue monotone, jusqu’au monochrome du tunnel sans fin dans lequel elle s’est engouffrée.

J’ai des doutes (c’est la signification du castillan « dudas ») pleins la tête, des doutes sur tout. Je me souviens d’avoir fait un rêve il y a dix ans, où une moi du futur venait me voir. A cette époque j’étais mince (j’avais perdu20 kgen 6 mois rien qu’en mangeant mieux). La moi du futur était plus grosse que je ne l’étais avant de perdre ces20 kg, elle semblait désabusée, angoissée, et me disait de bien faire attention sinon j’allais tout reprendre et même au-delà… Rêve prémonitoire ? Toujours est-il que cela s’est effectivement produit. Et tout ce que j’ai pu essayer pour retrouver ma silhouette depuis a échoué, car je n’ai plus ce ressort d’alors. La vie me semblait ouverte à toutes sortes de possibilités. Certes, même à cette époque, j’avais des moments de doutes, mais ils étaient vite balayés. Maintenant, après des proches en moins, les espoirs ternis, les innombrables réponses négatives à mes demandes d’embauche, bref : après toutes ces déceptions et grands revers en pleine figure, comment retrouver l’envie ?

Heureusement qu’il y a des gens (des amis, par exemple !) qui aident à maintenir une petite lueur, un peu de couleurs. Mais chacun fait sa vie, et peu à peu tous sont dispatchés ici et là et on ne se voit plus autant qu’avant (toutefois, merci Facebook, merci MSN, merci les boîtes mails… C’est très pratique pour maintenir le contact !).

Voilà. Derrière l’habituel sourire, le rire déployé et les pirouettes extravagantes et fantasques, il y a ça : qui s’en serait douté ?