Voici la chronique d’Arnaud Tsamere (c’est lui), entendue samedi dernier dans l’émission d’Europe 1 Samedi Roumanoff.

arnaud_tsamere


« Si vous me le permettez, j’aimerais reparler un petit peu de cet Euro de football, parce que je suis moi-même un vrai fan de foot – ça ne fait d’ailleurs pas de moi une mauvaise personne, je reste quelqu’un de courtois, je crois, de bonne compagnie, donc je suis un mec bien mais j’aime le foot, c’est comme ça ; d’ailleurs j’étais promis à une brillante carrière de footballeur, mais malheureusement pas mon genou – alors, concernant l’Euro de football je voudrais juste revenir sur certaines expressions utilisées par les commentateurs.

Quand un commentateur dit pendant un match : « Ah, là là là là là là – c’est pas fini – là là là là là là, voilà un beau ballon bien négocié par Ribéry » alors : ça ne veut surtout pas dire qu’ils ont changé de ballon pour un de meilleure qualité et que Ribéry a marchandé son prix en disant « quoi, 150€ pour ce ballon ? Non merci, je te donne 2€ et tu t’en sors bien ». Non, non : « voilà un beau ballon bien négocié par Ribéry » veut tout simplement dire que Ribéry a bien joué. Au football en l’occurrence. Alors c’est pareil pour une « action bien négociée » : ça n’a évidemment aucun rapport avec une transaction boursière.

Voyons maintenant l’expression « Aaaaaah, il lui a littéralement confisqué le ballon » : alors euh oui : il faut que vous sachiez que « littéralement » pour un commentateur de football ça veut tout dire sauf « littéralement ». En effet, « littéralement », dans la vraie vie, d’un autre, signifie « à la lettre, mot pour mot ». Bon bah pour un commentateur de foot c’est l’inverse : « littéralement » veut dire « pas du tout à la lettre, carrément pas mot pour mot ». Donc, pour l’expression « il lui a littéralement confisqué le ballon », vous comprendrez qu’aucun joueur ne peut se permettre de confisquer quoique ce soit à un autre joueur (son ballon, ses chaussettes, son slip, sa femme, …) parce que ça signifierait qu’il a autorité sur lui, et ça, ça ne se peut pas en football, sinon ce serait de la… ce serait trop fastoche, ce serait de la triche.

Alors, si vous avez regardé le match de lundi dernier, pas le France-Ukraine, le France-Angleterre, vous avez sans doute entendu parler de « double rideau défensif anglais ». Donc là, attention : il ne s’agit évidemment pas de tissu en tweed destiné à empêcher la lumière de passer, non. C’est juste un système dans lequel les défenseurs se positionnent sur deux lignes pour empêcher les attaquants adverses d’attaquer.

Alors bon je vous passe en revue rapidement d’autres expressions comme « ils sont allés au pressing » : ça ne veut dire en aucun cas que les tous les joueurs ont quitté le stade pour trouver une teinturerie pour laver en l’occurrence les doubles rideaux en tweed.

De même l’expression « il l’a littéralement séché » : non, personne n’est allé étendre toujours les doubles rideaux.

Alors oui, je précise pour conclure qu’il n’y a aucun animal sur le terrain. Donc, si vous entendez par exemple parler d’une « frappe de mule », c’est un humain qui a effectué cette frappe, surtout que je reste convaincu qu’une mule serait bien emmerdée avec un ballon de football entre les pattes.

Voilà, alors je pourrais continuer comme ça toute la journée à vous expliquer ces expressions, mais tout à coup je me rends compte d’une chose : cette chronique n’a d’intérêt que pour les personnes qui n’y connaissent rien au foot, mais si ces personnes n’y connaissent rien, c’est qu’elles ne s’intéressent pas au foot. Cette chronique d’a donc d’intérêt que pour les personnes qui par définition trouveront cette chronique sans intérêt. C’est con, hein ? »