Il y a 20 ans, j’avais 10 ans. Le mercredi 16, après le goûter de musique (piano et solfège), mes parents et moi étions passés prendre « quelque chose » (la poupée que j’allais avoir à Noël) chez mes arrières-grands-parents, nous étions rentrés à la maison ; il ne restait plus que deux jours d’école ; tout allait bien…

Et puis la nuit, quand je m’étais réveillée, j’avais entendu des pleurs venant de la cuisine. Mes parents venaient-ils de se disputer ? Je me levai et allai voir. Ma mère a dit : « dis-lui », et mon père m’a emmené dans la chambre de mes parents, on s’est assis sur le lit, et il m’a dit. Je ne me souviens que de quelques mots, mais ils sont restés bien gravés : « ton tonton Thierry » et « mort ». Je suis allée chercher Camille, et après je ne sais plus. Je m’étais recouchée, car je revois ma mère me réveiller avant l’heure. Nous sommes allés chez ma grand-mère, Camille et moi encore en pyjama. Je revois ma grand-mère ouvrir la porte. Le lendemain, en allant à l’école, je l’ai dit à mon amie depuis la maternelle Dorothée, et ma mère l’a dit à sa mère. Cette année-là, j’aurais bien aimé que les vacances soient moins longues…

Très vite, les questions ont commencé. J’étais là, et j’ai tout entendu. Mon cousin Kévin et moi n’avions que 10 ans, mais nous faisions marcher nos méninges. Nous nous sommes aussi posé des questions : c’est quoi, une « dotopsie » ? Nous entendions qu’il n’y avait pas eu d’autopsie. Deux chauffards : le second retrouvé, mais qui était le premier ? Et le contenu caché du coffre en bois, et certains papiers, et certaines photos…

Je pressentais un danger, aussi allais-je à l’école en cachant dans ma poche mon couteau suisse. Comme ça, au cas où…

Dix ans plus tard, j’ai découvert par hasard ce qui s’était passé. J’avais quelques fois eu l’occasion de fouiller en douce dans le coffre en bois, j’avais retenu certains noms, je les avais mis dans un coin de ma tête pour enquêter quand j’aurais pu… Et au CDI du lycée où j’étais en prépa, alors que je faisais un recherche sur tout autre chose, je suis tombée sur un de ces fameux noms. Les autres me sont revenus, je les ai trouvés aussi. J’ai téléphoné à ma mère : j’avais trouvé ! Je suis de nouveau allée fouiller dans le coffre en bois, et j’ai posé des questions : tout concordait… Je voulais leur tendre un piège ; j’avais déjà tout planifié, jusqu’au moment de la vengeance, mais la nuit même où j’avais achevé de mettre au point mon stratagème, j’ai fait un rêve : à mon bureau, je faisais une rédaction, et je relevais la tête. Et là, il y avait mon oncle qui m’a dissuadée de le venger de cette manière (pour en savoir un peu plus, bien que je n’en dise pas tout, il suffit de cliquer ici).

Hier matin, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce qui se serait passé si tout avait continué normalement. Thierry se serait peut-être marié avec Catherine, et là j’aurais des cousins ; peut-être même une cousine très proche, comme une petite sœur… J’ai pensé à cette cousine-sœur ; peut-être aurait-elle commencé ses études à Troyes et m’aurait demandé de l’héberger un temps ; on serait allée faire les boutiques ; on serait promenées habillées kawaii dans les rues, amusées par les regards perplexes des passants ; on aurait fait plein des choses…