Comme prévu, voici un conte Ouvaga (de l'époque post-ouralienne). Au préalable, je vous donne quelques "trucs" pour mieux comprendre ce conte : d'abord, tous les noms se prononcent comme ils s'écrivent ! Le "l" de "Tsyndl" se prononce presque comme un a (c'est une particularité des sonnantes : l m n r, pour parler philologiquement) ; ensuite, le mot "Nanioukta" désigne quelqu'un qui n'a pas encore 22 ans ; puis les Vikilii sont des êtres magiques qui apportent les rêves. Pour ceux qui connaissent Milenko : vous ne trouvez pas que parfois on dirait Liachek ? Bon, assez tergiversé : voici...

Le Garçon Timide.

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Il était une fois un garçon maladivement timide nommé Liachek. Si on le regardait, il baissait la tête. Si on lui parlait, ses joues devenaient rouges, et il n’osait jamais répondre.

Fou amoureux d’une jeune fille nommée Tsyndl, il n’osa pas lui avouer son amour. Pendant ce temps, un autre jeune homme lui déclara sa flamme, et Liachek fut très malheureux quand Tsyndl épousa son rival.

Liachek était très habile pour sculpter le bois. Apprenti chez Drévoï le sculpteur sur bois, il fabriquait les plus beaux objets à plusieurs villages à la ronde. Cependant, trop timide pour les montrer à qui que ce soit, il les gardait pour lui. Pour les autres, il n’était ni assez doué, ni assez travailleur pour fabriquer quelque chose de correct. Si bien qu’un jour, Drévoï le chassa.

Atterré, Liachek se sentait stupide, inutile, et n’avait plus le goût de vivre. Il saisit un couteau, le leva, mais rougit très fort en apercevant son visage dans la lame. Il alla trouver sa petite sœur, mais n’osa pas lui demander de le tuer. Il partit alors à la rencontre de son meilleur ami, mais n’osa pas non plus lui demander. Il se rendit donc dans

la Forêt

, dans l’espoir de tomber sur des bêtes féroces qui le mettraient en pièces.

Un loup, un ours, un renard, un cerf et un bison ne tardèrent pas à arriver près de Liachek.

« Que fais-tu ici, petit ? demanda l’ours.

Il pleure, répondit le cerf.

Et il garde la tête baissée pour qu’on ne le remarque pas, ajouta le loup.

Et il rougit quand on lui parle, enchérit le bison.

Et il souhaiterait qu’on le tue, acheva le renard, pour ne plus avoir à affronter le regard des autres sur sa timidité.

Mais nous ne te tuerons pas, conclut l’ours. D’abord parce que tu es encore Nanioukta, ensuite parce que nous sommes cinq et que tu es seul, et enfin parce que te tuer ne résoudra pas ta timidité. Va trouver Dzorounga la sorcière. Elle pourra t’aider. »

Et les bêtes s’éloignèrent, laissant Liachek seul parmi les arbres. Le garçon timide, tout tremblant, alla plus profondément dans

la Forêt

, et après une épuisante marche, arriva chez Dzorounga. Celle-ci habitait dans une étrange clairière, au milieu d’un champ de fleurs de toutes les couleurs, dans une très jolie maison de bois sculpté. Comme Liachek n’osait pas parler, la sorcière s’avança, et lui dit :

« Tu es si timide, que tout t’échappe… Mais rien n’est encore perdu. Tsyndl ne s’entend pas du tout avec son mari, et Drévoï regrette de ne plus avoir d’apprenti. Tente ta chance, va leur parler. Cueille un bouquet des fleurs que tu vois ici, et offre-le à Tsyndl. Et cette nuit, ouvre le coffre où tu caches les objets que tu as fabriqués, signe les objets, et mets-en un devant chaque porte du village. Et demain, tu verras ce qui arriveras. »

Dzorounga s’approcha de Liachek, qui baissa la tête et vira au rouge vif. Elle posa ses mains sur les épaules du garçon, et lui embrassa le front.

Liachek cueillit les fleurs, et retourna au village le plus vite possible. Il rentra chez lui, ouvrit son coffre, et choisit un objet pour chaque maison du village, réservant un oiseau-fleur à Tsyndl. A la nuit tombée, il sortit en douce, et fit ce que Dzorounga lui avait recommandé, puis, épuisé par cette audace, alla dormir.

Le lendemain matin, les villageois trouvèrent les objets fabriqués et signés par Liachek. Tous allèrent le trouver afin de le remercier pour ce cadeau et de le féliciter pour son ouvrage. Etonné, Drévoï le reprit aussitôt comme apprenti.

Ce matin-là, Tsyndl sortit de chez elle, et trouva le bouquet accompagné de l’oiseau-fleur.

« C’est Liachek, que tu aimes ! soufflèrent les fleurs. Et lui t’a toujours aimé. Alors n’hésite pas, va le voir ! »

Tsyndl fit ce que lui avaient recommandé les fleurs. Bientôt, son mariage fut rompu, et elle épousa Liachek.

Ce dernier voulut remercier la sorcière. Il se rendit dans

la Forêt

, chercha la clairière, mais ne la trouva pas. Il rencontra les bêtes, et osa leur demander où était passée Dzorounga.

« Dzorounga ? »

Les bêtes éclatèrent de rire.

« Dzorounga est dans ta tête, Liachek. Tu t’es endormi ici lorsque nous nous sommes éloignés. Nous t’avons observé : lorsque tu t’es réveillé, tu as cueilli les fleurs, et tu es rentré chez toi, bien décidé à t’exprimer. Tu as tout simplement rêvé !

Dans ce cas, dit Liachek, les joues roses, je remercie les Vikilii pour m’avoir apporté ce rêve. Ma vie est tout autre depuis… »

Liachek devint le plus grand sculpteur sur bois de toute la région. Il construisit aussi, pour Tsyndl et lui, la maison qu’il avait vue en rêve. Tsyndl déposa les fleurs, qui avaient séché, sur le pas de la porte. Le lendemain matin, elles s’étaient replantées tout autour de la maison. Bientôt, une petite fille naquit : elle fut prénommée Dzorounga Tszyndalyi Liachka…