« A tes souhaits, ETK ! » m’a-t-on dit lorsque j’ai prononcé pour la première fois à des non-Ouvaga le mot « Liatchiki ». Il n’y a pourtant rien de drôle là-dedans. Voyons de quoi il s’agit.

Un Liatchik, une Liatchika, des Liatchiki.

Dans le spectre des 15 degrés, on trouve les Liatchiki à deux degrés : le n°6 et le n°12.

Les Liatchiki du degré 6 sont au nombre de 4 : ce sont Tchoukhna, Lýhatyi, Pyvlaï et Toulgaï, les deux filles et les deux fils de Vádjouk et des deux terribles Mévloutchinai. De leur père, humain, les enfants ont pris l’aspect et la taille ; de leurs mères, ils ont pris l’éternité et le goût du sang. Ou plutôt le besoin de sang, comme je l’ai expliqué dans un billet précédent (ici). A la mort de leur père, les enfants, alors âgés de 15 ans, traversèrent le fleuve et gagnèrent le monde des humains. Pour vivre, ils avaient besoin de sang, mais ne devaient pas le prendre de force. Ils séduisirent alors des humains, leur expliquèrent la situation, et purent ainsi continuer à vivre tant que les humains séduits acceptaient de se tailler le cou (liatchitek en koviouvaga) pour faire boire ceux qu’on appela alors les Liatchiki. Cependant, tout comme Vádjouk, ces humains s’affaiblissaient et finissaient par mourir. Les quatre Liatchiki eurent toutefois des enfants avec quelques humains hovranilki (c’est-à-dire « citerne » en français, bien que je trouve l’expression peu adéquate pour des humains). Ce sont ceux qu’on trouve au degré 12. Et un jour, ils n’eurent plus besoin de sang et devinrent immortels comme leurs mères.

Les Liatchiki du degré 12 n’existeraient plus, dit-on, depuis les années 1960. Comme ils se nourrissaient de sang humain (toujours prélevé sur le hovranilek ou la hovranilka consentant(e)), certains les assimilèrent aux vampires. Tout comme les Jlyingukha, ils sont invincibles et leur intégrité physique ne peut être atteinte. Ils ont une force incroyable, mais une vitesse de déplacement ordinaire. Contrairement aux vampires, ils supportent parfaitement la lumière du jour et ne mordent pas pour se nourrir. On ne devient pas Liatchik : on naît Liatchik. Les enfants nés d’un père Liatchik ou d’une mère Liatchika portent un talisman jusqu’à leurs 16 ans et demi si les parents ne veulent pas transmettre la Liatchyi (= fait d’être Liatchik ou Liatchika). Si le talisman est enlevé avant cette date, tout dépend de la volonté de l’enfant. Il existe deux façons de tuer les Liatchiki : les priver de sang offert volontairement (du sang pris de force, que ce soit directement par un Liatchik ou par un tiers, n’a aucune efficacité), ou leur couper la tête en un seul coup. Une fois qu’un Liatchik est mort, tête et corps doivent rester séparés. Traditionnellement, les Ouvaga procèdent à une crémation séparée du corps et de la tête ; les Ouvaga qui ont adopté d’autres coutumes funéraires (enterrement, par exemple) doivent également veiller à la séparation du corps et de la tête. Si tête et corps ne sont pas séparés ou sont rassemblés, l’esprit du Liatchik reste prisonnier et hante les vivants.